Solidaris appelle à mieux cibler la prévention et la détection précoce, notamment vers les publics précarisés et les femmes.
Les maladies cardiovasculaires ne frappent pas tout le monde de la même manière. Une nouvelle analyse menée par Solidaris à partir des données nationales de soins remboursés à ses affiliés montre qu’en 2024, 29 % d’entre eux ont fait l’objet d’une prise en charge pour un problème cardiovasculaire. Derrière ce chiffre se cachent d’importantes disparités liées à l’âge mais également à la situation socio-économique et au sexe.
La précarité augmente nettement le risque
L’analyse distingue plusieurs niveaux de prise en charge, depuis la délivrance de médicaments ou le contact avec un cardiologue jusqu’à l’hospitalisation pour pathologie cardiovasculaire. Au total, 18 % des affiliés relèvent du premier niveau, 7 % du deuxième et 4 % ont connu une hospitalisation pour une pathologie cardiovasculaire.
Sans surprise, l’âge joue un rôle déterminant : la prise en charge augmente fortement avec l’âge, particulièrement à partir de 40 ans, et s’accélère encore après 60 ans.
Mais l’étude met également en évidence un véritable gradient social. Les affiliés bénéficiant de l’intervention majorée (BIM) présentent une probabilité de prise en charge 32 % plus élevée que les bénéficiaires ordinaires.
Et les inégalités se cumulent : les femmes BIM apparaissent comme un public particulièrement exposé, avec une proportion de prise en charge supérieure à celle observée chez les hommes BIM et chez les femmes non BIM.
Les femmes, un angle mort persistant de la prévention cardiovasculaire
Longtemps associées prioritairement aux hommes, les maladies cardiovasculaires constituent donc un enjeu majeur de santé pour les femmes. Solidaris indiquent ainsi qu’en 2022, elles représentaient 24 % des décès chez les femmes en Belgique, devant les tumeurs et étaient la première cause de décès chez les femmes en Wallonie et à Bruxelles.
Solidaris pointe notamment la nécessité de mieux prendre en compte les spécificités des symptômes cardiovasculaires chez les femmes. L’enjeu concerne donc aussi bien la sensibilisation du grand public que la formation des professionnels de santé et la détection précoce.
« Traiter tout le monde de la même manière ne suffit pas lorsque les risques ne sont pas répartis de la même manière, souligne Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris. Il faut bien entendu maintenir une prévention destinée à l’ensemble de la population mais il convient aussi de renforcer les interventions auprès de celles et ceux qui sont les plus exposés, notamment les publics précarisés et les femmes. »
Un impact qui dépasse largement la santé
Les conséquences des maladies cardiovasculaires se mesurent également en termes d’incapacité de travail. Parmi les affiliés de 18 à 65 ans, 27,1 % des personnes prises en charge pour un problème cardiovasculaire connaissent au moins un jour d’incapacité ou d’invalidité, contre 12,7 % parmi celles qui ne sont pas prises en charge pour un problème cardiovasculaire.
Au niveau national, 192.272 hospitalisations classiques pour maladies du système circulatoire ont été enregistrées en 2024, soit 11 % de l’ensemble des hospitalisations. Les dépenses en soins médicaux directs pour les maladies cardiaques dépassaient par ailleurs 2,7 milliards d’euros en 2022.
Solidaris plaide pour une prévention « universelle mais proportionnée »
Face à ces constats, Solidaris défend le principe d’universalisme proportionné : maintenir des actions de prévention accessibles à l’ensemble de la population tout en renforçant leur intensité auprès des groupes les plus vulnérables.
Solidaris rappelle ainsi que la Belgique ne dispose pas actuellement d’un plan national spécifiquement consacré aux maladies cardiovasculaires. La Mutualité salue pourtant la volonté du gouvernement fédéral de s’inscrire dans la dynamique du Safe Hearts Plan européen, tout en appelant à traduire cette orientation en mesures nationales concrètes et structurées.
Solidaris agit déjà sur le terrain
Pour rappel, Solidaris et son réseau développent déjà des actions de prévention concernant notamment l’alimentation, l’activité physique, le tabac et la consommation d’alcool. Un accompagnement de proximité des publics précarisés est également organisé via les agents de prévention.
Pour Solidaris, l’enjeu est donc clair : réduire le poids des maladies cardiovasculaires suppose non seulement de renforcer la prévention mais aussi d’agir là où les risques sont les plus élevés. L’égalité en santé passe par des réponses différenciées.